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Historique du château de Grand-Bigard
La Belgique a toujours émerveillé le touriste qui la découvre,
par la beauté de ses monuments historiques et de ses châteaux. Le Brabant
contient plusieurs de ces châteaux qui témoignent d’un passé
glorieux, mais celui dont s’enorgueillit la jolie commune de Grand-Bigard,
à 7 km à l’ouest de Bruxelles, est, sans conteste, l’un
des joyaux du patrimoine belge.
Le château de Grand-Bigard dont la date de construction remonte aux années
1110, est entouré d’un large fossé où dort une eau profonde
et que délimitent les hautes frondaisons d’une couronne de grands hêtres
plusieurs fois séculaires.
Un pont à cinq arches, commandé par deux magots héraldiques
du XVIIème siècle l’enjambe et conduit au pont-levis qui précède
le châtelet d’entrée dont la partie centrale date du XIVe siècle.
Le château lui-même est un bâtiment aux vastes proportions et
d’une pureté de style admirable: il constitue un spécimen remarquable
de la Renaissance flamande, et se compose d’un long corps de logis à
un étage dont la brique rose, sur laquelle tranche la pierre blanche des
entablements des hautes fenêtres à meneaux, se marie agréablement
aux pentes bleutées de la toiture d’ardoises.
L’aile gauche est surmontée d’un bulbe, la chapelle est à
l’aile droite et n’a subi aucune modification depuis trois siècles.
Le donjon qui dresse sa silhouette massive, haute de trente mètres, à
gauche du châtelet d’entrée et comporte quatre étages.
Les murs ont une épaisseur de trois mètres. De la plate-forme du quatrième
étage, entourée d’un mur crénelé, un panorama
prestigieux se déroule, qui s’étale sur tout le pays flamand
à trente kilomètres à la ronde.
HISTOIRE DES PROPRIETAIRES :
Le premier seigneur de Bigard, Almaric de Bigard y vivait vers 1110. Depuis,
40 propriétaires s’y sont succédé. On y retrouve de grands
noms de notre histoire nationale. Parmi eux: Guillaume Rongman, seigneur de Bigard,
se distingua particulièrement; “Capitaine de la Ville de Bruxelles”
en 1422, par ordre de Philippe le Bon, il réprima les troubles qui y sévissaient.
Il obtint pour prix de ses services, la jouissance de l’hôtel d’Ostrevant,
qui devint la Monnaie du Brabant. Cette demeure seigneuriale était bâtie
sur les terrains de la place de la Monnaie actuelle. Sa mission terminée,
le Seigneur de Bigard remit les clefs de la Ville aux magistrats le 25 décembre
1424.
Le quatorzième Seigneur de Bigard, Guillaume Estor, fit également
une brillante carrière militaire. Sa vie est une longue suite de guerres
et de combats. Nommé panetier de Brabant par lettres patentes de Charles
le Téméraire, duc de Bourgogne, comte de Charolais, Guillaume Estor
fut blessé d’un coup de serpentine au siège d’Amiens,
en 1471. Il devint échevin du duc de Brabant, puis échevin de Bruxelles
en 1475 et Amman de cette ville de 1477 à 1480, jusqu’au moment où
Bruxelles fit sa soumission à l’empereur Maximilien.
Le 6 janvier 1548, son petit-fils Jean Estor et sa mère furent exécutés,
pour crime d’hérésie, dans la prison de Vilvorde. Leurs biens
furent confisqués et Charles Quint vendit la Seigneurie de Bigard à
Gaspard Schetz, Seigneur de Grobbendonck, par lettres patentes datées de
Bruxelles le 14 février 1549, pour 17.800 livres, à raison de 40 gros
la livre (monnaie de Flandre).
Le Seigneur de Grobbendonck épousa, en secondes noces, Catherine d’Ursel,
descendante de Rongman et de Catherine de Bigard. Catherine d’Ursel, étant
la dernière du nom, Gaspard Schetz obtint de porter le nom pour le perpétuer.
Laurent Longin, Seigneur de Lembecq, Trésorier général de Charles
Quint, puis, en 1630, le comte Clarisse Amman d’Anvers, et enfin, au départ
d’une grande lignée, le comte Philippe de Boisschot, furent les dignes
successeurs de cette Seigneurie. A son tour, Ferdinand de Boisschot, Chevalier de
l’ordre militaire de Saint-Jacques, comte d’Erps, baron de Saventhem,
Chancelier du Brabant, fut autorisé à charger ses biens d’un
fidéi-commis perpétuel. Il mourut le 24 novembre 1649 et fut inhumé
à Notre Dame du Sablon, devant l’autel de la Vierge.
Son arrière petite-fille, Hélène de Boisschot, épousa
Charles Ferdinand, comte de Königsegg-Rothenfels, régent intérimaire
des Pays-Bas. À l’occasion de ce mariage, l’impératrice
Marie-Thérèse érigea en marquisat, au profit du nouvel époux,
sous le nom de Boisschot, la seigneurie de Bigard et les terres comprises dans le
fidéi-commis.
Charles Ferdinand gouverna deux fois la Belgique, en 1716 et en 1743. Il reçut
le Collier de la Toison d’Or des mains de Charles de Lorraine, en 1744. Sa
fille Marie épousa le comte de Zierotin, Chambellan de l’Empereur d’Autriche.
En 1797, sa petite-fille, Marie de Zierotin devint comtesse de Tour-et-Taxis.
Mais c’est le comte Ferdinand de Boisschot qui marqua profondément
le domaine de son passage par l’agrandissement des bâtiments existants
et la construction de nouveaux. Il fit adosser la chapelle au château en 1640.
Son obit s’y trouve encore avec pour date: 1649. L’obit de Charles Ferdinand
de Königsegg-Rothenfels, comte du Saint-Empire, chevalier de la Toison d’Or,
s’y trouve également, avec l’inscription: Vienne, 19 décembre
1759. Après lui, le domaine fut progressivement morcelé.
En 1902, Raymond Pelgrims de Bigard se trouvait devant des bâtiments complètement
délabrés et mutilés. L’entrée du château
était défigurée par une agglomération de fermes, les
douves étaient comblées. Des vestiges d’un tel passé,
Raymond Pelgrims de Bigard devait faire, en trente années d’efforts,
une des plus prestigieuses demeures de notre pays.
Le plus malchanceux des seigneurs de Grand-Bigard
Celui-ci n'est autre que Jean Estor, déjà cité. Sous Charles
Quint, il dirigea avec sa mère, Marguerite de Baenst, le château de
Grand-Bigard. Jean était au service de l'empereur. Un jour, il rencontra
un certain Antoine de Zayment, excellent soldat et habile chirurgien, mais aussi
tête chaude, passionné d'astrologie et . converti au protestantisme.
Etant donné que Charles Quint considérait le protestantisme comme
une menace pour son empire, il interdit avec la plus grande fermeté cette
forme d'hérésie. Quiconque enfreignait cet interdit s'exposait à
de terribles châtiments, comme la peine de mort et la confiscation de ses
biens. Antoine de Zayment, en visite au château de Grand-Bigard, se montra
si convaincant que Jean Estor et sa mère embrassèrent le protestantisme.
Ils commirent toutefois l'erreur de manifester leur conversion en public, notamment
dans l'église paroissiale, où ils interpellèrent le curé
qui collectait les aumônes et vendait des images pieuses.
Les foudres de l'autorité ne tardèrent pas à s'abattre sur
eux, sans toutefois réussir à les ébranler. Ils se retirèrent
dans le grand donjon du château et soutinrent le siège des jours durant.
Après avoir failli périr enfumés, ils abandonnèrent
toute résistance et furent jugés par le Conseil de Brabant. Bien que
défendus par l'élite des avocats de l'époque et proclamant
leur retour à la foi de leur enfance, ils furent condamnés à
mort. Le Conseil de Brabant, Marie de Hongrie, à l'époque gouvernante
des Pays-Bas et l'empereur Charles Quint lui-même rejetèrent tous les
recours en grâce. Jean Estor et sa mère furent décapités
en secret - un privilège réservé à la noblesse - le
5 janvier 1548. Quant à Antoine Zayment, il réussit à s'échapper,
mais pris au piège, il ne vit d'autre issue que de sauter d'une fenêtre.
Cette chute lui fut fatale et son corps fut abandonné à l'appétit
des corbeaux.
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